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LE ROI, LA PRINCESSE ET LA GUICHETIÈRE

La culture est ce qui reste quand on a tout oublié (A. MALRAUX)

mercredi 17 décembre 2008, par Gérard LE GOT

Notre hyper président (oui, celui là même qui doit aller "chercher la croissance avec ses dents") semble en délicatesse avec Madame de LAFAYETTE ; une petite fâcherie passagère, croyons nous, qui cessera dès que Christine A., sous ministre de la culture lui aura rappelé que Marie-Madeleine de Lafayette, décédée en 1693, ne constitue pas une rivale potentielle pour les présidentielles de 2012.

Il n’empêche, Nicolas S. a déclaré récemment qu’une guichetière n’a pas besoin de connaître " La Princesse de Clèves". André S., sous ministre de la fonction publique en a fait ses choux gras : annonçant la suppression de l’épreuve de culture générale dans les concours de recrutement de fonctionnaires, il a surenchéri en disant en substance qu’il n’est pas nécessaire pour un pompier de savoir qui était V. HUGO pour peu qu’il sache où se trouve la rue du même nom, qu’un égoutier peut faire fi des "Misérables" et qu’un policier ignorant Javert ne peut être suspect.

Opinant dans le même sens, Xavier D., sous ministre de l’instruction publique souhaiterait débarrasser l’éducation nationale d’un grand nombre d’enseignants à défaut de pouvoir les supprimer tous...On retrouve là cette vieille et tenace logique réactionnaire qui tend à maintenir la valetaille dans l’ignorance afin de la mieux tenir en laisse.

Pourtant, des signes incitent à l’optimisme et soulignent la grande richesse intellectuelle de notre peuple : 7 millions de personnes regardent chaque soir "Plus Belle la Vie", série qui à n’en pas douter développe de profondes réflexions chez nos concitoyens ; et comme la mariée n’est jamais trop belle, la prochaine grille de télé publique prévoit d’avancer l’émission d’une 1/2 heure afin de capter de nouveaux fidèles avides de connaissances.

J’en étais où ? Ah oui, la Princesse de Clèves...Quel texte magnifique, peut-être le plus beau roman d’amour de langue française..." Elle croyait devoir parler, et croyait ne devoir rien dire. Le discours de Monsieur de Nemours lui plaisait et l’offensait quasi également ; elle y voyait la confirmation de tout ce que lui avait fait penser Madame la Dauphine ; elle y trouvait quelque chose de galant et de respectueux, mais aussi quelque chose de hardi et de trop intelligible. L’inclination qu’elle avait pour ce prince lui donnait un trouble dont elle n’était pas maîtresse. Les paroles les plus obscures d’un homme qui plaît donnent plus d’agitation que des déclarations ouvertes d’un homme qui ne plaît pas. Elle demeurait donc sans répondre, et monsieur de Nemours se fût aperçu de son silence, dont il n’aurait peut-être pas tiré de mauvais présages, si l’arrivée de Monsieur de Clèves n’eût pas fini la conversation et sa visite." Certes, cela n’atteint pas la noble poésie des strophes de Carla B., diva actuellement en cour dont les suaves mélodies irriguent les voûtes de l’oratoire de l’élysée, mais tout de même, c’est écrit, non ?

Mais je m’égare encore : revenons à nos moutons, ou plutôt à notre bergère, en l’occurrence la "Guichetière" devenue symbole d’arriération culturelle par la grâce du monarque et de ses courtisans. Qu’attend-t-on de la "Guichetière", embusquée derrière son bureau des réclamations sinon qu’elle rétorque d’une voix ferme et forte à travers son hygiaphone à tous ces gueux et malotrus venus récriminer contre l’administration : "Cassez vous, pauv’cons". (sans accent, si possible )

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